Un journal de la compagnie, de temps à autre, au fil des envies...

 vISUEL 4 PETITS ETRES

En mars 2015, « Les petits êtres » ce sera à Arras et Outreau…

En mars, on reprend la route, d’abord avec « Les petits êtres »…

Petits êtres, c’était avant tout l’idée et l’envie de raconter un souvenir d’enfance, pour les tout-petits et leurs parents… Une vraie histoire, un tout petit récit d’enfance qui s’est déroulé dans la courée d’une rue de Roubaix qui n’existe plus aujourd’hui… La rue de la Guinguette.

Le linge qui pend sur des cordes à linge dans la courée, Suzanne la vieille dame qui s’occupait de tous les enfants de la courée pendant que les parents travaillaient. Alors bien sûr, ça parle d’un autre siècle, d’un moment où les gens avaient encore un travail… Mais peut servir à ça, le théâtre. A invoquer la mémoire, à évoquer le souvenir des gens et des lieux. Les « petites gens », les « petits êtres », à l’existence fragile, les lieux et les rues qui disparaissent, mais qui restent gravés dans nos mémoires…

 Les Petits êtres : Les 3 et 4 mars au Pharos à Arras (62) et du 24 au 27 mars au Centre culturel Le Phenix à Outreau (62). Renseigenements, réservations : Le Pharos 03 21 16 89 00 / Le Phenix : 03 21 80 49 53)

 

 AQSLM JCV Photo 6 BASSE DEF

Première...

Dimanche 22 février, c’était la vraie première pour « A quoi servent les mains », à la Barraca zem à Lille…
Le matin on jouait « Mains tenues », pour les tout-petits et leurs parents. Une belle séance, plaisir de voir, de sentir les tout-petits, les bébés, les un-peu-plus-grands complètement dans l’histoire et le spectacle. Plaisir aussi de voir les parents, eux aussi, qui s’abandonnent au spectacle, parce que c’est une histoire pour les tout-petits mais aussi pour leurs parents…
Et l’après-midi, on enchaîne avec « A quoi servent les mains », la première donc, cette fois-ci avec Amalia et Marie sur le plateau. Alors, avant de commencer, on est un peu tendus, parce que c’est la première, et puis aussi parce qu’on se rend compte, quand le public arrive qu’il y a eu un peu de confusion : Il y a des tout-petits et leurs parents (qui ont confondu la séance du matin avec « Mains tenues » et celle de « A quoi servent les mains » de l’après-midi) et pas mal d’enfants qui ont moins de cinq ans…
Et puis le spectacle commence et ça se passe bien. Des petits moments de dissipation, bien sûr, à certains moments, mais ça va, ça fonctionne. Bon, on se dit quand même (mais on le savait déjà…) que c’est vraiment un spectacle tout-public mais à partir de 6-7 ans….
A la fin, belle salve d’applaudissements, des bons retours, des encouragements, on est heureux.
C’est vrai qu’on s’y est attachés à ce spectacle. Un spectacle qui parle de tout et de rien, du TOUT et du RIEN. Le « Rien » des débuts, des débuts du Monde et puis aussi des débuts d’un spectacle, quand on ne sait pas encore exactement de quoi on va parler… Et puis le TOUT, le « trop de tout », l’accumulation, de biens, de choses, d’objets, de capital aussi peut-être… Et enfin, l’envie de transformer le monde, au moins sur un plateau
C’est un spectacle où l’on a voulu croiser le récit et le théâtre d’objet. C’est aussi une sorte de suite, une retrouvaille pour Marie et Amalia, douze ans après la création de « Les pieds dans  la neige », spectacle de la compagnie qu’on a pas mal tourné pendant une dizaine d’années. Retrouver cette complicité et écrire une histoire sur mesure. L’histoire justement. Elle est écrite sur mesure, et comme pour « La dame à la valise », le texte s’est beaucoup écrit, modifié, transformé, en parallèle des répétitions sur le plateau, en tenant compte des propositions de jeu de Marie et Amalia.
C’est aussi un spectacle avec la complicité, hors plateau, de Philippe Martini, notamment pour la vidéo, et puis un bel établi, support de jeux et d’objets, imaginé par Amaury Roussel.
Un spectacle qu’on va remettre sur l’établi lui aussi, qu’on va reprendre pour peaufiner deux ou trois petites choses (le son notamment, avec Gilles Gauvin), avant sa reprise pendant le festival des Minuscules, en juin prochain…

 

 

Dimanche 22 février, « Un dimanche à la Barraca zem ».

Un petit dimanche en plein hiver, comme une sorte d’étape avant l’arrivée du printemps : Notre dimanche à la Barraca Zem (38 rue d’Anvers à Lille), le dimanche 22 février, ce sera l’occasion de découvrir (à 10h30) « Mains tenues » pour les tout-petits (entre 0 et 4 ans) et (A 16h30) « A quoi servent les mains » (A partir de cinq ans…). Une sorte de « dyptique » autour des mains, celles qui maintiennent, qui accompagnent, celles qui aident à grandir et celles qu’il faut un jour quitter pour avancer… Pensez bien à réserver (réservations uniquement en ligne sur : http://app.crownmakers.com/fr/la-barraca-zem ).

 « Mains tenues » et « A quoi servent les mains » ont été créés en grande partie au cours d’une résidence menée par la compagnie avec le SIRA (Pays de la Sensée et de l’Ostrevent), avec aussi des temps de résidence à la Maison Folie de Moulins, la Makina à Hellemmes et la Manivelle Théâtre à Wasquehal.

 

Samedi 7 février, Parcours conté à Escaudain

Samedi 7 février, pour la compagnie, ce sera « parcours conté »… A Escaudain, du côté de Denain et de Valenciennes… « Parcours conté », c’est un des plus vieux spectacles de la compagnie, créé le siècle dernier, en 1998… Une sorte de revisitation d’une ville, d’un quartier, d’un parc ou, comme ici d’une médiathèque. On vient sur place, on passe quelques jours, on écoute, on lit, on se documente sur les lieux, et on regarde beaucoup…. Les détails surtout, une foule de détails, mis ensemble et c’est cet « ensemble » qui va progressivement faire sens et donner naissance au parcours… Deux comédiens-guides et puis les interventions de deux autres comédiens vont donner une nouvelle lecture du site, décalée, absurde, drôle et poétique. Et samedi ce sera à la médiathèque d’Escaudain qui fête ses un an, visites au départ de la médiathèque (route de la savonnerie) à 14h30 et 16h30…

(Avec Marie-Pierre Feringue, Loran Casalta, Nicolas Madrecki et Jean-Christophe Viseux)

 

Vendredi 30 janvier 2015 – La dame à la valise à Cousolre…

La toute première représentation de l’année pour la compagnie, c’était vendredi soir à Cousolre… Pour la dame à la valise. Trois représentations, deux avec des e nfants de l’école primaire et puis des élèves du collège. Et enfin, une représentation tout public qui mélangeait tous les âges, en soirée, dans la salle de la Mairie. Une belle soirée familiale, magique et intime qui nous permet de savoir pourquoi on fait des spectacles… Pour être au plus proche des gens, chez les gens et une façon de dire que le théâtre c’est aussi hors-les-murs que ça peut se faire…

La Dame à la valise, cette année ça se jouera aussi en mars à Bousignies (Programmation culturelle de la CAPH), aux Turbulentes à Vieux-Condé  en mai et puis ailleurs encore…

 

 

 

Janvier 2014 - Bailleul, le conservatoire nomade des curiosités urbaines et des histoires pittoresques

De janvier à fin mai 2014, la compagnie La Vache bleue pose ses valises à Bailleul (Nord) pour une résidence sur le territoire de la ville avec « Le conservatoire nomade des curiosités urbaines et des histoires pittoresques ». Voici notre journal de bord…

BD-dessin-autoroute

16 janvier : Çà commence...

Nous voici arrivés officiellement à Bailleul pour démarrer une résidence de longue haleine – Quatre mois et demi en tout – pour arpenter la ville, rencontrer ses habitants et imaginer avec eux et pour eux un « conservatoire nomade des curiosités urbaines et des histoires pittoresques »... On ne sera pas là tous les jours bien sûr, mais on y passera beaucoup de temps dans les mois qui viennent à Bailleul...

Alors, ce sera quoi « le conservatoire nomade des curiosités urbaines et des histoires pittoresques », un condensé de plusieurs choses que l'on affectionne dans la compagnie...

D'abord, recenser, collecter des anecdotes, des petits morceaux de vie, de petites histoires de gens, d'habitants, de tous âges, des petites histoires qui mises bout à bout font un peu de l'histoire de la ville, des petites histoires qui se percutent parfois avec la grande histoire, celle que l'on raconte dans les manuels. Des petits morceaux d'humanités, pluriels, nombreux, différents.

Ensuite, le plaisir de partir à la rencontre... A la rencontre des gens et des lieux, à la rencontre de ceux qui racontent la ville et de ceux qui en connaissent un morceau, de ceux qui la parcourent, de ceux qui y vivent.

On y travaillera beaucoup sur le souvenir. Le souvenir des lieux, les lieux où se sont déroulés les souvenirs, les lieux multiples dans la ville. On essaiera aussi de dénicher les sens cachés de la ville. Les sens uniques, les sens interdits peut-être, les chemins buissonniers. On essaiera de deviner ce qu'il y a derrière les belles façades aux briques jaunes, peut-être même que nous serons çà et là, invités à entrer dans quelques demeures, à rencontrer leurs habitants...

On ira au Foyer de personnes âgées. Au musée De Puydt. Au collège Maxime Deyts. A l'office de tourisme. Tout en haut du beffroi. Au service culturel, au centre social, à la Médiathèque et dans des cafés. On ira chez celles et ceux qui voudront bien nous accueillir pour nous parler de leur ville. Parfois, on arpentera la ville avec eux.

A chaque fois, on tâchera d'imaginer des rencontres appropriées. Autour d'un café ou après un spectacle. Parce que durant ces quelques mois de présence sur place, on jouera aussi nos spectacles, ou tout au moins bon nombre d'entre eux.

Et puis, il y aura des moments de rencontre, de partage autour de ce qui ressortira, de tout ce temps passé sur place :
- En avril avec l'installation « vous êtes ici ». Ce sera une sorte d'installation sonore dans la ville, une invitation à parcourir, durant une dizaine de jours les rues pour découvrir in situ, audio-guide à l'oreille, les petites histoires et les anecdotes que nous auront recueillies, dans les endroits mêmes où elles se sont déroulées.
- En mai enfin, nous inventerons à proprement parler « le conservatoire nomade des curiosités urbaines et des histoires pittoresques », une sorte de musée improbable, mélangeant le vrai et le faux, le véridique et le vraisemblable, fait de sons, d'images, de petits univers délicats et de petites machineries insolites . Une re-visitation de la ville, entre rêve et réalité.

Toute cette aventure, fragile et délicate, on l'a imaginé patiemment avec le service culturel de la ville, « co-construit », comme on dit maintenant, et elle se fera avec toute une équipe coutumière des aventures artistiques de la compagnie, comédiens, plasticiens, scénographes, décorateurs, une aventure collective à dix voix, vingt bras et vingt pieds pour arpenter la ville...

BD-dessin-mont-noir-lille

Bailleul, donc, ça commence... ça commence par un matin pluvieux, avec un rendez-vous où nous arrivons en retard (çà commence bien...), à l'office de tourisme... Nous avons rendez-vous avec Monsieur Lottey, jeune guide bénévole de quatre-vingt-deux années et fin connaisseur de la ville et pour cause : il a été, dans une autre vie, peintre en bâtiment et à ce titre, il connaît la plupart des belles demeures de la ville. Il se fera un plaisir de nous les présenter, toutes ces demeures, après un vaste périple pédestre dans la ville de plus de deux heures qui nous laissera épuisés mais heureux. Lui, il n'a pas l'air de se fatiguer, quand il nous emmène dans la ville de long en large, de la rue des foulons à la rue de Lille, de l'obélisque à la médiathèque municipale. Il n'a pas l'air trop fatigué quand il nous mène jusque tout en haut du beffroi, pour sonner les cloches dans le poste de commande du carillonneur... Mais Monsieur Lottey c'est aussi une sorte de passe-partout, qui nous emmène successivement dans la Maison de la dentelle (où nous découvrons une trentaine de femmes de tous âges concentrées sur leurs « carreaux », à tisser de leurs doigts habiles de jolies dentelles) puis au siège de la Bourloire, où nous découvrons un jeu étrange et étonnant, dans un univers cette fois-ci complètement masculin...

Le midi, on aura aussi été faire connaissance avec le Foyer de personnes âgées. Avec ses pensionnaires et puis l'équipe qui l'anime. Et Gisèle, qui s'occupe de l'amicale des pensionnaires. Et puis les clubs, les activités, le scrabble, les jeux de carte et tout et tout. Et Christophe, le directeur.

Parce que le midi, le foyer de personnes âgées, ce sera un peu notre cantine. C'est là, qu'on va manger, la plupart du temps, durant notre résidence. Et on y mange plutôt bien.

Et on y fait des rencontres... Des pensionnaires qui petit à petit commencent à nous livrer quelques souvenirs. On y va doucement, histoire de ne pas brusquer les choses...

C'est qu'on est nombreux. Pour ces deux premiers jours de résidence (Aujourd'hui jeudi 16 janvier et demain vendredi 17 janvier...), c'est quasiment toute l'équipe qui est présente... Parce que même si, pendant la résidence, on ne sera parfois que deux ou trois, on voulait découvrir ensemble la ville, pour commencer....

Vendredi 17 janvier...

On enchaîne les visites et les rencontres. On fait connaissance avec le service culturel, réunion des deux équipes, celle du service et celle de la Vache bleue, pour commencer à expliquer ce que l'on compte faire, comment on compte s'y prendre, même si il y a encore beaucoup d'inconnu...

Parce qu'on a pas envie de refaire quelque chose que l'on é déjà fait ailleurs, que l'on veut prendre des risques, essayer, en se donnant les moyens, d'inventer un projet artistique propre à cette ville. Quelque chose qui soit proche des gens et qui les emmène en même temps ailleurs, qui les invitent à regarder d'un oeil différent leur propre ville.

Aujourd'hui, on va aussi faire le tour des différents lieux et des équipes des lieux où nous seront amenés à passer : le foyer de personnes âgées, la médiathèque, le centre social.

On commence par le Musée. Le musée De Puydt, c'est un joli musée dans une de ces belles maisons de Bailleul, dans le centre ville. Avec comme presque partout dans la ville, ce style inimitable que l'on
dit néo-flamand, c'est-à-dire inventé après la première guerre mondiale, parce que tout ou presque avait été détruit ici par la guerre. C'est un musée avec ses tableaux, ses céramiques et ses magnifiques cabinets de curiosités. Et c'est un musée avec ses mystères aussi, à l'image des tableaux fantômes dans l'un des salles du bas... Sur un mur, à la place des tableaux disparus dans la guerre, des panneaux avec la description détaillée des tableaux qui auraient dû s'y trouver...

Ensuite, rendez-vous au centre social. Ca bruisse d'activités un peu partout,

Lundi 20 janvier : Ça continue...

Toute une semaine. On passe toute une semaine à Bailleul... Jusque vendredi on sera là, à commencer à rencontrer des groupes de gens, des habitants, chez eux, au service culturel ou bien encore dans le petit appartement que la ville met à notre disposition pour entreprendre nos « recherches »...

BD-dessin-gisèle

Aujourd'hui lundi, on rencontre d'abord Gisèle qui s'occupe de l'amicale du Foyer des personnes âgées et puis Christophe, le directeur du Foyer. Avec eux on réfléchit au moyen de contacter des pensionnaires, et puis d'imaginer un temps de rencontre pour leur expliquer le projet et ce que l'on a envie de partager avec eux. On se verra donc jeudi matin, Giséle prépare un petit courrier à l'intention de chacun d'eux qui leur sera donné. Nous, on leur propose de venir jouer un de nos spectacles : Les pieds dans la neige. C'est un spectacle adapté d'un conte traditionnel breton, que Marie et Amalia avaient créé il y aune dizaine d'années et qui tourne toujours aujourd'hui. On se dit que ça pourra peut-être se jouer en février, dans la salle d'activités du foyer ...

Ensuite, en début d'après-midi, on passe au centre social. Il y a là un groupe de mamans. On vient faire un petit bonjour au moment du café, le temps de leur expliquer le projet et puis on dit qu'on va se revoir bientôt.

Toujours l'après-midi, on a rendez-vous avec Monsieur Lemaire. Il fait partie du cercle d'Histoire et d'Archéologie de Bailleul, et même si il participe activement à la rédaction du bulletin annuel, il est modeste et il dit qu'il n'est pas historien, juste passionné. Et il nous en raconte des choses. Sur la guerre, la première, celle qui a transformé Bailleul en un champ de ruines... Et il nous parle un peu de lui aussi.

Mardi 21 janvier :

Ce matin, on a rendez-vous avec Michel Le Calvé. Il n'habite plus à Bailleul mais il connaît bien sa ville. Lui aussi est passionné d'histoire. Et puis il nous raconte, il se raconte. Son enfance, sa jeunesse, ses dimanches à Bailleul, le cinéma, les cafés de son époque... Et quand il raconte, les images surgissent, on le voit, on l'imagine, à boire une limonade au café chez Fagoo, avant d'aller voir un film d'aventure au Flandria...

En début d'après-midi, on refait un petit tour au centre social. Cette fois-ci, on boit le café avec un groupe de « jeunes séniors ». On parle des souvenirs dans la ville et on sent tout de suite qu'ils ont pas mal de choses à dire sur le sujet... Alors on convient de se revoir à un autre moment, avec ceux qui ont envie, au centre social...

BD-dessin-émile-flament

L’après-midi, cette fois ci on va chez Monsieur Steenkiste. On nous le présente comme quelqu’un féru d’histoire et aussi… Collectionneur. Et on est pas déçu. Chez lui, il nous reçoit entouré d’objets partout, sur les meubles, sur les murs. Des porte-montres ou des statuettes, des gravures intrigantes ou des ustensiles dont il nous révèle l’utilité passée… Il ne manque pas d’humour Monsieur Steenkiste et d’anecdotes non plus… On sort de là les yeux et les oreilles bien remplies… Retour à Lille.

Mercredi 22 janvier :

On continue les rendez-vous. De temps en temps, on s’est promis aussi de passer du temps à se promener, rien que pour découvrir la ville à l’aventure, à l’aveuglette. Pour l’instant, on a pas eu vraiment le temps pour çà. Mais ça viendra…

Ce matin, on se partage. Il y a Marie, qui va faire un tablier comptines au centre social, pour les tout-petits et leurs mamans. Et puis, il y a Amalia, Marie-Pierre et Jean-Christophe qui iront au Collège.

Avec le collège aussi on a prévu des choses… Quatre classes en tout, deux classes de sixième et deux classes de cinquième, avec qui on va échanger pendant quelques séances. On leur parlera de ce qu’on fait ici, et puis on leur parlera de faire du théâtre avec des objets…

Avec les sixièmes, Marie et Amalia parleront du « Garçon qui ne connaissait pas la peur », un de nos spectacles, créé il ya deux ans… Un spectacle avec des objets, tiré d’un album jeunesse d’Anaïs Vaugelade (et qui porte le même nom), lui-même tiré d’un conte de Grimm. L’occasion de parler aussi des contes… Marie et Amalia vont imaginer pour les élèves une petite session de découverte, entre le conte et le théâtre d’objet. Et puis en mars, Amalia viendra jouer son spectacle

Avec les cinquièmes, nous travaillerons aussi sur les objets, et puis sur les souvenirs… Et cette fois-ci, c’est Marie-Pierre qui présentera, en avant-première, une nouvelle création de la compagnie : « La dame à la valise », l’histoire d’une dame qui perd un peu la tête et qui, parce qu’elle oublie ses propres souvenirs, s’en invente de nouveaux à partir des objets qu’elle a rassemblé dans sa valise.

Et puis avec eux aussi, nous partagerons un peu leur façon de voir la ville. Leurs souvenirs, même si ils sont plus récents, plus fugaces aussi…

Ce matin, c’est juste un petit bonjour, que nous venons faire aux sixièmes. Le temps d’un quart d’heure, ils nous écoutent sagement, posent poliment des questions, mais il nous semble sentir chez eux, l’envie d’en savoir plus et puis d’essayer…

L’après-midi, cette fois-ci pour Marie, accompagnée d’Amalia, ce sera la médiathèque, avec une « heure du conte » pour les petites et les grandes oreilles …

Marie Pierre et Jean-Christophe ont rendez-vous eux chez Emile Flament. Il habite au bout du bout de Bailleul, une des dernières maisons avant la fin de la ville. Emile a été coiffeur sur la grand place. Et dans la famille ce n’était pas le seul. Toute une lignée, une dynastie de coiffeurs à Bailleul… Et puis des anecdotes, des histoires qui fusent, à ne plus avoir de place sur son bloc-notes pour les noter… On revient heureux de notre moisson d’histoire, alors pour épancher notre soif, on termine la journée au « Barabao »…
Le Babrabao, c’est un café concert, juste en face de la gare. A l’heure où l’on passe, sur le coup des six heures, c’est plutôt calme. Quelques clients au comptoir, lumière tamisée, la scène vide au fond de la salle, mais c’est chaleureux…

BD-dessin-édouard-hanquet

Jeudi 23 et vendredi 24 janvier :

On enchaîne les rendez-vous. Au Foyer de personnes âgées, jeudi matin, un groupe de pensionnaires à répondu à l’invitation. Marie et Amalia présente le projet, lancent quelques pistes, posent quelques questions. Marie termine en racontant deux ou trois contes. Ecoute attentive et bienveillante. Des rendez-vous sont pris. On commencera avec Gisèle elle-même qui nous raconte… Une histoire d’amour, son histoire d’amour avec Albert…. Oh, ce n’est pas une histoire ancienne, c’est une histoire toute récente puisqu’ils se sont connus au Foyer, mais, comme elle dit, ce n’est pas une histoire d’hier, c’est ici et maintenant… Ils racontent leur premier rendez-vous au Café le Bellevue.

Et c’est ça qui nous intéresse : pour chaque lieu de Bailleul, ce que l’on cherche c’est la petite histoire qui va faire vivre différemment le lieu, l’anecdote qui va donner au lieu de la profondeur, de l’humanité. Parce qu’une ville n’est pas faite que de ses belles pierres…

On retourne au collège aussi, pour rencontrer les cinquièmes et leur expliquer ce que l’on va faire avec eux. On rencontre aussi d’autres pensionnaires du Foyer. Et puis des personnes de tous âges qu’on nous a présenté…

Il y a Hervé, qui passe pas mal de temps avec son association De katjebé, une association qui veut faire revivre la culture flamande, mais pas comme une culture qui sentirait le renfermé et qui ne voudrait pas s’ouvrir de peur de se perdre, mais plutôt comme un trésor à partager.

Il y a Edouard, l’ancien militant PC, le farceur, qui enchaîne les formules rigolotes en nous parlant de son petit monde. Edouard qui en connaît un rayon sur les bistrots et les cafés du coin.

Il y a Martine qui nous reçoit chez elle autour d’un café et d’une assiette de biscuits. Elle aussi elle a été coiffeuse et elle nous raconte comment elle a eu la vocation en fréquentant le salon de coiffure de Mme Constance.

Il y a des rencontres imprévues… Christophe, le président de la Bourle flamande, rencontré dans la rue, et qui nous ouvre à nouveau les portes du club de bourle. La générosité et l’envie de partager des joueurs de Bourle.

Et les histoires qui affluent, les lieux qui commencent à prendre vie… Le jour où le cardinal Liénart est venu à Bailleul, le café de la femme à barbe, la soucoupe volante, le salon de coiffure de Chez Constance, le carnaval bien sûr…

Et on sort à chaque fois la tête remplie de tout ça, de toutes ces histoires…

 

10 février – C’est reparti…

Deuxième semaine de présence à Bailleul. Nous voici de retour ici, même si entre deux on ne s’est pas vraiment arrêté… Il faut prendre de nouveaux contacts, passer des coups de fil, il y a encore tant de gens à rencontrer. Cette semaine, nous passerons pas mal de temps au Foyer de personnes âgées. En janvier, avec Gisèle, avec le directeur, nous avons réfléchi aux résidents qu’il nous fallait absolument rencontrer… C’est ce que nous tâcherons de faire cette semaine, et en même temps sans brusquer les choses, sans imposer, juste nouer des liens, et avec celles et ceux qui en ont envie, se rencontrer et écouter ce qu’ils ont à nous raconter.

Cette semaine, il y a Fred Martin qui nous rejoint. Fred est artiste plasticien, avec une belle sensibilité et un joli coup de crayon. Il nous accompagnera dans les entretiens, dans les rencontres, pour croquer des instants de vie ou des portraits des personnes sollicitées. Des portraits de personnes qu’il fait, il dit que « quand on dessine quelqu’un, au final c’est toujours soi-même qu’on dessine ». N’empêche que ça intrigue, çà met à l’aise aussi, ça suscite la curiosité et l’amusement…

Et puis les dessins, pour illustrer le journal de bord et peut-être aussi pour d’autres utilisations plus tard, ça nous fait penser aussi aux premiers explorateurs, avant la photo, qui faisaient des croquis de tout ce qu’ils voyaient, lors de leurs explorations.

Des explorateurs, c’est un peu comme ça qu’on se voit aussi. Pour expliquer notre projet et le sens de notre résidence aux collégiens qu’on rencontre au club CDI du collège Maxime Deyts le mardi, on leur parle d’Archéologie… Nous, qui venons de l’extérieur, on essaie de regarder Bailleul comme si on venait du XXIVème siècle et qu’on cherchait à comprendre les us et coutumes des habitants trois siècles plus tôt…

Et tandis que Jean-Christophe explique, vingt-cinq paires d’yeux le regardent dans le petit CDI du collège. Alors on sort une carte, une carte de Bailleul … On a besoin d’eux, de leurs souvenirs de la ville, même si ils sont encore tout frais, surtout si ils sont tout frais… On se reverra la semaine prochaine et on leur donne des devoirs : chacun doit penser à un souvenir personnel lié à un lieu

Revenons au lundi. C’est une petite journée pour nous, une journée de retrouvailles… Au restaurant du foyer de personnes âgées, d’abord, où l’on reprend contact, on donne des tracts qui annoncent la représentation des « Pieds dans la neige », spectacle que l’on jouera demain mardi au foyer.

Dés le départ, on avait pensé à ce spectacle, dans ce lieu… Parce que le spectacle parle aussi de la vieillesse, de la solitude de la vieillesse mais joyeusement. C’est Amalia et Marie qui jouent dans le spectacle, ce qui tombe plutôt bien puisque ce sont elles qui mènent au FPA les entretiens avec les résidents volontaires. Comme une sorte d’échange. Des histoires, des anecdotes contre une autre histoire, un spectacle, entre conte et mouvement.

 

Puis l’après-midi, Jean-Christophe et Fred vont au Centre social. Rendez-vous avec un groupe de mamans qui se retrouvent tous les lundis, entre 14het 16h. Le temps de papoter, de faire des activités, le temps de souffler un peu, sans les enfants, à l’école ou à la garderie. On leur parle du projet, on leur dit qu’on a besoin d’elles, de leurs souvenirs. Certaines disent « On a rien à dire nous… ». Christiane, qui anime le groupe avec Olivia se jette à l’eau en nous parlant d’un endroit où, enfant, elle venait jouer. Elle et ses copines appelaient ce lieu « la glissoire ». On sort la carte de Bailleul. Et les langues se délient. Les endroits où, quand on était jeunes, plus jeunes, on se retrouvaient dehors pour discuter ou fumer des cigarettes. Et puis les endroits où on se retrouvaient pour bécoter son petit ami… Il y en a de toutes sortes de ces endroits. Des plus ou moins discrets, derrière le monument aux morts, cachés sous les branches d’un saule pleureur ou à l’abri des épis de blé… Certains sont toujours là, d’autres ont disparu.

A la fin de l’entretien, Fred montre ses croquis. On fait des photocopies. Chacune part avec son croquis. Et puis certaines disent : « ah ben finalement, on a des choses à raconter… ». Avant de se quitter on leur dit que si elles veulent qu’on se revoit, par exemple pour aller sur place, voir tous ces fameux endroits dont on a parlé, on veut bien. Mais c’est comme elles, elles veulent… A elles de nous dire, plus tard.

On sort de la salle des mamans. Juste à côté, comme chaque lundi après-midi (et pas seulement le lundi d’ailleurs), dans la grande salle du centre social, il y a le brouhaha des joueurs de carte. Ils sont environs 80, assis, par groupes de 4 ou 5, à des tables. Ils jouent au tarot. Ce sont les  « jeunes séniors », ce qui veut dire que pour la plupart, ils sont à la retraite depuis peu. On se présente au président, il a entendu parler de nous, de ce qu’on fait ici, parce qu’il a lu un article dans la voix du nord. On lui demande si on peut prendre du son et si Fred peut faire des croquis. Il dit oui. On se promène, on s’assoit à des tables, des hommes, des femmes, nous sourient, à peine dérangés par le micro que Jean-Christophe leur glisse sous le nez. On vient prendre du son qu’on leur dit, du son de joueurs de carte, de ce qu’on se dit quand on joue aux cartes, des expressions, des exclamations... Ils nous laissent faire, un peu amusés.

 

Mardi. C’est une journée bien remplie. Ce matin, on monte le spectacle au Foyer de personnes âgées. On installe les éclairages, on pendrillonne pour la représentation de l’après-midi. Il y a une nouvelle réunion de prévue avec des résidents Et puis, pour une partie de l’équipe, c’est promenade à l’extérieur. On prendra du son au marché et on fera un petit tour à Emmaüs. La présidente est une soeur de Mr Lothé (le monde est petit ici).A midi, on se retrouve au foyer. La réunion du matin s’est bien passée, mais on y a pas vu de nouvelles têtes. On verra cet après-midi. L’après-midi justement une partie de l’équipe repart en vadrouille tandis que pour l’autre (Amalia, Marie et Philippe) il y a la représentation du spectacle.

Le spectacle. Ça se passe bien, un joli moment et juste après le spectacle… Les spectateurs qui restent… Comme si ils en voulaient encore. Alors une discussion s’improvise, de nouvelles rencontres sont envisagées pour les jours qui viennent.

De leur côté, Jean-Christophe et Fred ont rendez-vous chez Monsieur Lothé. Monsieur Lothé, c’est le guide infatigable de l’office de tourisme que nous avions rencontré le premier jour. Aujourd’hui, il doit nous présenter son « objet » dans le cadre de ‘l’appel à objet ». Et puis on a beaucoup de questions à lui poser…

L’appel à objet. C’est une idée qu’on a eu avec Anne Sophie du service culturel. Une façon de rentrer en contact avec des habitants. Solliciter des habitants pour qu’ils nous présentent un objet qui leur est cher, même si il n’a qu’une valeur sentimentale. On ne le prend pas, juste une photo, et puis un petit commentaire, une explication de son propriétaire… Pourquoi et comment on s’attache à un objet, parce qu’il nous rappelle des moments forts ou quelqu’un… Et il prendra sa place, dans le musée…

Donc Monsieur Lothé nous reçoit chez lui. On parle. Et il nous montre des photos, des vieilles photos, de son magasin de peinture avec sa belle enseigne « Novémail », de ses exploits à repeindre des silos à grains à 14m de hauteur pendant la guerre pour les barbouiller de peinture camouflage. Et il nous présente un objet : une voiture d’enfant double pour jumeaux, très belle en rotin… Et puis avant de repartir sous la pluie, on partage une bière…

Mercredi. Rendez-vous. Aujourd’hui, c’est une journée où l’on enchaîne les rendez-vous. Jean-Christophe avec Christophe Fruleux, le directeur du Foyer de personnes âgées, Amalia et Nicolas avec des résidents du Foyer… Et l’après-midi, c’est re-belote…

Avec Christophe le directeur du foyer, on découvre la rue Foch, en long en large et en détail, et puis surtout… Le carnaval. Une plongée approfondie dans le carnaval, ses codes, ses rites et ses coutumes… Et puis on découvre… Le docteur Picolissimo en personne. Parce que depuis une vingtaine d’années, c’est lui, Christophe Fruleux, qui interprête ce personnage essentiel du carnaval, ce docteur censé soigner les maux dont souffre les bailleulois et qui apparaît une fois par an, au moment du carnaval de Bailleul….

 

Le carnaval, c’est comme Mélusine. Au début, au tout début quand on en a parlé, avec Anne-Sophie du service culturel, on se disait « c’est cliché ». Et puis, en creusant un peu, on se rend compte que ça revient tout le temps. Que c’est comme un moment incontournable, hier mais encore aujourd’hui. Les cafés, les gens, l’habitude qui est prise depuis tellement longtemps. Tant de personnes qui nous en parlent, qui nous décrivent les quatre jours de carnaval… Alors, on s’est dit qu’on irait faire un tour, qu’on pouvait pas passer à côté. Et puis, à force d’en entendre parler, ça fait envie…

Ça commence le samedi, avec le défilé et puis ça se termine le mardi, avec la venue du Docteur Picolissimo. Et donc, le docteur Picolissimo, c’est Christophe, le directeur du Foyer, en personne, qui le fait, depuis une vingtaine d’années. On a envie de voir çà.

Pour Amalia et Fred, rendez-vous d’abord avec la famille Vanuxeem. Mme Vanuxeem, qui a tenu un café au nom énigmatique, mystérieux, « La porte d’or », rue d’Occident. Un café où on mangeait des frites, épluchées par les clients eux-mêmes. Sur le nom du café, on en saura pas plus. C’étaient les anciens propriétaires, encore avant Mme Vanuxeem. Mais on apprendra toutes sortes de choses. Sur le café et aussi sur d’autres endroits non moins énigmatiques, comme « Le paradis des enfants »…

Et puis l’après-midi, nouveau rendez-vous.

 

Jeudi. Les rencontres continuent. Trois au programme… D’abord il y a Henriette, que Marie a croisé le lundi puis le mardi au FPA, et qui nous invite chez elle ce matin…

Et l’après-midi, ça continue. Avec Roselyne. Roselyne, c’est la maman de France qui travaille à la bibliothèque. Une fois, alors qu’on passe à la bibliothèque pour consulter les archives des anciens numéros des journaux « labailleuloise » et « le journal des flandres », années 60 et 70, à la recherche d’on ne sait trop quoi, on parle de la manif organisée contre la fermeture de l’usine Lesage en octobre 76.

Une grosse manifestation à Bailleul, ou plutôt une marche, emplie d’indignation et de tristesse, un jour d’octobre 76. On sent que c’est un évènement important, beaucoup de gens nous en parlent, mais juste un tout petit peu, avec retenue. On se dit que c’est un sujet sensible. On cherche à en savoir plus. Alors, quand France nous a dit que sa maman avait travaillé chez Lesage on lui a dit qu’on voulait la rencontrer. Et on la rencontre.

Sur la manif, et sur le mouvement social de l’époque, on en saura juste un petit peu plus. Roselyne est venue avec un dossier sur lequel c’est marqué « Affaire Lesage ». A l’intérieur des photocopies d’articles de journaux de tracts. Mais on parle aussi d’autre chose. De sa vie passée à Bailleul. Et c’est drôlement intéressant aussi.

Après, ça enchaîne, avec « l’Abbé Janin ». Encore une « personnalité »… C’est le curé de l’EPSM, impliqué, engagé à ce que les gens se mélangent, les gens normaux et les « fous », à ce qu’il y ait des rencontres, des dialogues…

Et puis toujours, dans les conversations, le carnaval qui revient sans cesse…

Vendredi. Quelque chose qui commence à revenir pas mal aussi, dans nos entretiens, c’est le catch. Plusieurs fois qu’on entend parler de çà… Des matches de catch à Bailleul. Certes, ça ne date pas d’hier, mais on cherche à en savoir plus…

Vendredi matin, rendez-vous avec Mme Fruleux. Cette fois-ci, c’est la maman de Christophe, le directeur du Foyer qui reçoit Amalia et Fred. Avec générosité, et force de détails. Sur le Café PMU que ses parents tenaient (le premier PMU à Bailleul apparemment…). Et sur le carnaval, forcément… On en revient avec plein de nouvelles choses et on y parle aussi… Du catch.

Et c’est comme ça que notre histoire de Bailleul se tisse. Une histoire faite de plein de petites histoires qui se rejoignent, s’entrelacent et forment une trame, dont pour l’instant nous n’avons pas tous les éléments. Une sorte de puzzle aussi, notre puzzle, notre histoire de Bailleul, subjective faite de toutes ces rencontres… A certains moments on est fatigués, on a l’impression que toutes ces informations qu’on est en train de collecter, toutes ces petites histoires, on ne va plus savoir qu’en faire. Et puis en même temps on est heureux, qu’on a de la chance d’avoir toute cette richesse, toute cette vie bouillonnante entre les mains et dans nos têtes.

Et vendredi ça se finit autour d’une bonne bière. Et pas n’importe où. A la Bouloire, là où on joue ce sport tellement surprenant, la boule flamande. C’est la troisième fois qu’on y va, depuis le début de la résidence. Et à chaque fois on est surpris de l’accueil. Des messieurs, que des messieurs, concentrés, appliqués à jouer, à lancer leur palet sur la piste incurvée, à la recherche de la trajectoire la plus étudiée, la plus habile. Concentrés et en même temps heureux et fiers d’expliquer aux novices que nous sommes comment ça se joue. Et ça se termine, sur les coups de 17h sur une invitation à essayer. On se sent super honorés et on s’applique, sur la piste nous aussi. Et patiemment, gentiment, eux, là, à nous expliquer qu’il faut lancer plus doucement, avec le fort orienté de tel côté de manière à ce que le palet prenne telle trajectoire…

Et puis la bière, debout au bar, dans l’ambiance feutrée et chaleureuse du club…

 

Samedi et dimanche, o n y retourne… Cette fois ci, pour encadrer un stage Théâtre dans l’espace public… Et cette fois ci c’est Loran et Jean-Christophe qui s’y collent. L’objectif : Apporter une petite aide au groupe de théâtre amateur qui prépare une visite théâtralisée au musée, avec leur accompagnatrice, Valérie Fievet, qui est metteuse en scène et comédienne. Ils sont une bonne douzaine, des adultes, avec une belle énergie et une grande motivation. Avec eux, on passe un bon moment, à aller essayer des choses dans le parc municipal, autour de l’église Saint Vaast puis au musée… On parle de ce qui nous tient à cœur, faire du théâtre hors des théâtres, on essaye, on expérimente… On les quitte en espérant avoir apporté notre pierre à l’édifice…

Mardi 18 février, retour au CDI…

Ils sont toujours aussi nombreux, mardi, à nous accueillir au CDI… Les élèves des sixièmes « seine », « marne » et puis les autres. Trente cinq minutes bien denses et des belles histoires qui éclosent. Des souvenirs, des anecdotes, dans le cimetière ou dans des boutiques et magasins de la ville, et puis ça sonne, c’est déjà l’heure de se quitter…

Mardi, toujours, mais l’après-midi. Rendez vous en ce début d’après-midi, avec Alex, du service « comm » de la ville. Regard vif et pétillant, on vient le chercher à l’imprimerie de la ville, il enfile son bonnet et on sort. A la recherche de quoi ? On sait pas exactement, mais ça n’a pas l’air de l’ennuyer. On se promène en ville, on marche au gré des rues, et puis il nous emmène dans des petites rues, des chemins boueux… On passe prés de la piste de tir à l’arc vertical qui a tout d’une base secrète de lancement de missiles… On continue, on longe le FPA par l’arrière, on remonte dans la ville…

Au fil de la conversation, on en arrive à parer de lui. De son parcours, sa jeunesse ( et le skate board)et plus on marche, et plus on s’approche de son enfance. Et plus on s’approche de son enfance, et plus on se rapproche du quartier où il habitait étant enfant. Et là, on est content… C’est ce qu’on appelle une errance urbaine… Sans avoir prévu d’en arriver là, nous voici dans un lieu plein de souvenirs… Le grand terrain et le petit chemin, celui où il venait jouer, enfant…

Cette semaine, on a pas mal de rendez-vous avec des personnes qui ont répondu à l’appel à objets. L’appel à objets, c’est un moyen qu’on a imaginé avec Anne-Sophie du service culturel pour susciter d’autres rencontres, avec des habitants. On a fait une petite affichette, qui invite les habitants à nous montrer un  objet qui a beaucoup de valeur à leurs yeux, mais pas une valeur marchande, une valeur sentimentale, affective. Ensuite, on va chez les gens pour faire une sorte de portrait de l’objet et de son propriétaire. Et tout çà devrait trouver sa place dans notre conservatoire nomade en mai.

On va donc chez les gens, la semaine dernière chez Mr Lotthé, cette semaine chez une dame, dans le hameau de la crèche, qui nous présente une vieille valise qui a appartenu à son beau-père. Il l’avait quand il est parti à la guerre en 40, et puis cinq ans plus tard, quand il est revenu d’Allemagne où il était prisonnier, il l’avait toujours. On s’imagine la surprise de sa femme quand elle l’a vu revenir, un matin, à pied de la gare de Bailleul. Et en plus, c’était le jour de son anniversaire.

On a rendez-vous aussi avec Monsieur Dumont. Lui n’est pas un natif de Bailleul. Né à Dunkerque, il a travaillé à Paris et puis, dans les années 90, il est venu s’installer ici. Il a commencé à participer à pas mal de choses ici, parce qu’il fait de la musique. Lui, son objet, c’est une vieille bouteille de limonade, qu’il a trouvé dans la rue, aux encombrants, un peu après son arrivée. Une belle bouteille, avec un bouchon jaune. Quand il l’a trouvé, il s’est dit, « tiens, c’est comme un cadeau de bienvenue »…

Il y a aussi Monsieur Botez. Pour trouver sa maison, on peine un peu, sur le papier c’est indiqué 148 rue des Foulons, mais en fait, c’est dans la cité des Foulons, rue des Foulons. On trouve enfin après l’avoir rappellé. La cité des Foulons, c’est une petite rue en impasse qui donne sur la rue des Foulons, avec une douzaine de maison qui sont en fait des anciens barraquements que les habitants ont ensuite retapé, transformé, pour en faire de vraies maisons. C’est joli. Monsieur Botez nous attend et vient nous accueillir à la porte du jardin. Son objet, c’est une curieuse feuille de chène, avec une sorte d’inscription dessus, qu’il tient du parrain de son grand-père. Un truc super joli, bien fait, avec le prénom de son père dessus, « Julien », et qui date de la première guerre mondiale. Il nous parle de son père, on sent que c’était pas facile quand il était enfant, et puis il déroule sa vie, avec plein d’humour et le sens de la formule.

Il y a aussi Mr Vyt. Il est à Bailleul depuis peu, mais il veut nous montrer une sorte d’enveloppe en tissu, et puis deux images pieuses brodées sur des morceaux de tissu, que son grand-père portait, pendant la première guerre mondiale. Il a aussi un tiroir rempli de vieilles photos, et ensemble on retrace la guerre de son grand-père, à l’époque infirmier, et qui de ce fait en a vu des choses plutôt moches, durant cette guerre. Et cette histoire, on sent que ça le touche, Monsieur Vyt. Peut-être parce qu’il n’a jamais eu vraiment l’occasion d’en parler avec lui.

Il nous montre aussi un agrandissement d’une carte postale de Bailleul, représentant la place en face de chez lui. Sur la photo, on reconnaît la rue en perspective, qui file vers la campagne, et à droite une maison avec une enseigne curieuse : « A l’homme sauvage ». Un estaminet ? Sans doute… Il faudra se renseigner…

Jeudi et vendredi, nous allons aussi au Collége Maxime Deyts, revoir les Sixièmes « Marne » et « Seinte », ainsi que les cinquièmes « Byron » et « Kipling ». Aujourd’hui, avec eux, on parle théâtre d’objets. C’est quoi le théâtre d’objets ? Comment est-ce qu’on peut raconter une histoire avec des objets ? Qu’est ce que ça nous apporte ? On explique, on montre, on fait des mini-exercices pratiques ensemble. Ils parlent aussi de contes avec Marie. Marie leur explique et leur raconte aussi quelques contes. Ils écoutent, se laissent captiver. A chaque fois, c’est le temps d’un cours, cinquante minutes à peine. Juste le temps de découvrir donc…

A la fin, on leur donne rendez-vous pour une prochaine séance. Cette fois-ci ce sont eux qui devront nous apporter quelque chose : un objet, et surtout l’histoire liée à cet objet… Pourquoi ils y sont attachés, quel souvenir en lien avec cet objet. Un échange en quelque sorte…

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus